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Aujourd’hui je veux t’emmener un peu plus au sud de la France, dans un village provençal dont tu m’entends souvent parler ces derniers temps, Dieulefit, où j’ai rencontré le tourneur céramiste Mathias Pioton, propriétaire de T comme Terre.

Le 24 août dernier, nous nous sommes rendus dans son atelier pour qu’il nous parle de son métier, son parcours et sa passion. Son atelier se trouve à côté de l’Eglise réformée, et du Bureau, le seul bar-resto du village ouvert 7 jours sur 7 en été. T comme Terre a la particularité d’avoir une grande verrière au plafond, ce qui rend l’atelier très lumineux, beaucoup plus que les autres ateliers du village. Il est très spacieux aussi, les murs de pierre s’arquent en voûtes, et les poteries sont classées par couleurs disposées sur des étagères en métal noir.
Il y a quatre fours dans cet atelier. C’est un atelier magnifique, construit en 1950. Le premier potier a passé la main à son gendre et sa fille, puis il a été repris par Mathias Pioton.

Mathias nous accueille en tenue du tourneur. Son atelier c’est aussi sa boutique. Cela lui permet de cumuler la fabrication et la vente de ses poteries. Son t-shirt et son short, usés par les heures de tournage, sont tâchés de terre blanche : de simples dommages collatéraux. Et avec simplicité, le potier a commencé à nous raconter son parcours. De peur de trahir sa voix, j’ai préféré vous raconter Mathias Pioton avec mes propres mots.

Mathias n’était pas très bon à l’école, et à 13 ans il a commencé un apprentissage. Il était bon en dessin et son père aimait beaucoup la poterie, il lui a conseillé d’essayer. Mathias a eu un déclic. Cela fait plus de vingt-cinq ans qu’il tourne la terre.

Après 7 ans d’apprentissage, le jeune tourneur a été débauché par un potier à Dieulefit. L’atelier était dans une bonne dynamique, avec un beau chiffre d’affaire, et il y a été tourneur pendant 5 ans. Il y rencontre Sophie, sa compagne.

Après une retombée économique, il repart chez son maître d’apprentissage, dans l’espoir de travailler la terre vernissée traditionnelle qu’il aime et de reprendre l’entreprise de son formateur qui doit bientôt partir à la retraite. Finalement, la transaction ne se fera pas, et l’activité a fini par couler. Il reviendra enfin à Dieulefit pour donner un coup de main à son ancien employeur les weekends, pour lui racheter son activité un an après.
Il signe la vente en juin 2013.

Mathias reprend le fichier clientèle de la boutique située près de la maison de la Céramique. Il s’agit de grosses commandes, sa poterie est revendue dans plusieurs boutiques, comme à Paris dans le 5ème arrondissement.

Mais Mathias est le seul à tourner. Et les clients ne se rendent pas toujours compte du travail exigeant qu’est la poterie. 90% de sa production est tournée, c’est-à-dire qu’elle est manuelle. Il travaille aussi l’estampage, et des pièces moulées, calibrées.

Qu’en est-il de son activité après 5 ans ?
M : Lorsqu’on est artisan, arrive un moment où il faut faire le choix de s’étendre, prendre des salariés et devoir multiplier son chiffre d’affaire, ou alors “réduire la voilure”. On travaille plus de 70 heures par semaines, et nous ne pouvons pas nous rémunérer 1000€ chacun.
Ma clientèle est devenue de plus en plus aisée. Le populaire vient toujours, mais plus difficilement.

Tous les 15 août, le village organise la fête du Picodon, ce fromage de chèvre local et délicieux. C’est lui qui a réalisé les bols qui ont servi à manger la soupe au pistou. Ce sont 500 bols tournés à la main. Il a aussi fait 500 bols pour la fête médiévale de Bourdeaux, une petite ville alentours.

Mathias pourrait employer 1 temps plein et un mi-temps facilement vue la charge de travail, mais il ne peut pas assumer les charges. 2017 est une « année test ».

Voici avec ses mots à lui, une description de son style.
M: Je travaille une terre utilitaire et culinaire. La terre est cuite à 1000°C une première fois, puis ce qu’on appelle le biscuit est émaillé dans l’une des 5 couleurs produites à T comme Terre, et recuite à 1020°C.
J’aime tourner la terre traditionnelle de Dieulefit. C’est une terre de faïence blanche qu’on émaille en vert et jaune miel. Le bleu et le rouge sont venus plus tard.

Je travaille des formes anciennes, et ma femme et moi avons ajouté notre touche à nous. Nous jouons avec les engobes pour faire du jaspé ; nous faisons aussi des empreintes et de la gravure sur la terre.
A ce jour, il n’y a pas une seule forme qui n’ait été vendue, parfois les pièces mettent six mois, parfois elles sont vendues le jour même où elles sont mises en boutique.

Quel est l’aspect de votre métier que vous préférez ?
M:
Je suis tourneur avant d’être chef d’entreprise. Je tourne par passion. J’aime rencontrer des gens.

Mathias est un artiste, l’un des derniers à travailler la terre traditionnelle de Dieulefit.
Merci.

Judith

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[Copyright photo : Bennett Soundy]

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