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Comme tu le sais maintenant, je ne fais pas que de la cuisine, mais aussi de la peinture sur céramique. J’ai commencé la peinture au lycée et aujourd’hui je suis passée des toiles à la céramique. Cet été, B & moi sommes partis dans la Drôme, et notamment dans un village qui s’appelle Dieulefit, connu pour ses poteries traditionnelles et ses artisans céramistes. Dans la rue principale, on rencontre une dizaine de potiers. Cela fait plus de dix ans que je connais ce village, et j’ai vu les potiers changer, les styles se renouveler, mais toujours le même amour de la terre. Nous sommes allés à la rencontre de ces artistes et maîtres d’art, et ils ont accepté de nous parler de leur métier, leur passion et leurs difficultés. Ce sont trois portraits que nous avons réalisé, et je te livre ici le premier, celui de Véronique Roux.

On entre dans son atelier comme on entre dans un sanctuaire. Tout est si délicat qu’on aurait peur de casser quelque chose si l’on s’approche trop prêt. Des oiseaux en céramique sont suspendus le long d’un couloir sombre en pierre de ces maisons médiévales caractéristiques du village. Au bout du couloir, se dessine un escalier en colimaçon, tout en béton, il est décoré par des lucioles. Ce sont des photophores en céramique de différentes couleurs, dans lesquelles Véronique a disposé des bougies. L’effet est magique. Et la magie ne s’arrête pas là, en tournant à droite, on découvre une multitude de formes colorées, des pièces tournées à la main. Elles sont parfaitement uniques. La signature de Véronique, c’est cet effet en dentelle comme imprimé sur la terre. En fait, c’est exactement ça, lorsque la terre est encore crue et qu’elle commence à sécher, on peut la graver et lui donner des empreintes intéressantes, avec des coquillages, de la dentelle, ou tout autre objet que tu trouves intéressant. C’est lorsque la terre est à l’état de cuir qu’on la travaille ainsi. Mais Véronique, véritable passionnée et passionnante vous en parlera bien mieux que moi.

Comment avez-vous choisi ce métier ?
V :
Je voulais être danseuse. J’ai fait une école de danse, mais j’ai découvert plus tard que j’avais un problème génétique au dos et j’ai dû arrêté. Mais j’ai toujours été un peu artiste, j’ai fait de la peinture sur cuivre, sur tissus. Je vendais ce que je faisais sur des marchés à Paris quand j’avais 16 ans, faut croire que j’avais ça dans le sang !

Comment êtes-vous arrivée à Dieulefit ?
V :
A l’époque mon père a cherché à ouvrir une usine à côté, et il a embauché mon amoureux. Je l’ai suivi. J’ai tout lâché pour venir à Dieulefit.

Parlez-nous de votre métier, de votre art.
V :
Je travaille une terre tournée, sèche. Quand la terre commence à briller, je la travaille avec des coquillages, de la dentelle, des bijoux. Puis je la fais sécher et je la trempe dans la terre blanche plus ou moins dense, c’est l’engobe.
Je cuis la faïence à 980°C.
Ensuite je peins le biscuit à la main [c’est ainsi que l’on nomme la céramique après la première cuisson]. Une fois sec, je le trempe dans l’émail et je le fais cuire à 1040°C.

Il faut remplir le four à chaque cuisson, et le construire selon les pièces. On peut enlever ou ajouter des étages. Il faut trouver un équilibre pour bien répartir la chaleur.

Vous faites surtout de la faïence utilitaire, mais pas seulement ?
V
: Je suis décoratrice, je peins sur tout support. Je peins sur du bois, du coton mais aussi selon la technique de la tempera, soit du jaune d’œuf mélangé à des pigments.
Mon travail est délicat, mais il se veut aussi utilitaire. Je ne veux pas qu’on achète mes pièces pour les cacher dans un placard. Je veux qu’on les utilise.

Quelles sont vos inspirations ?
V :
Ah c’est la féminité, la danse et la mode aussi. Je m’inspire des créateurs de tissus, de prêt à porter, de collages. J’adore la dentelle, et les couleurs par-dessus tout.

En hiver, il y a beaucoup moins de touristes, comment poursuivez-vous votre activité ?
V : J’ai une maison en Espagne où je vais pour me reposer, et travailler des pièces uniques. Des bustes, des grands vases. Je travaille dans un atelier avec des amis. J’y passe la moitié de l’année.

Pendant ce temps, ma boutique reste ouverte et j’emploie trois personnes qui tournent et émaillent pour moi. Mais comme tout travail fait main, les pièces sont uniques et prennent la marque de celui qui les tourne, et cela m’apprend le lâcher-prise !
J’ai aussi une exposition permanente en Espagne dans une vieille usine qui attire beaucoup d’antiquaires anglais. J’expose aussi en Belgique ou à Paris.
C’est ma belle-fille qui gère mon activité sur internet, j’ai un stock à Paris et je vends en ligne.

Quels sont vos projets futurs ?
V : J’ai envie de transmettre. Je rêve de trouver un endroit à Paris pour exposer, y avoir un atelier et donner des cours. Ma famille est à Paris alors je remonte souvent, et j’aimerais me rapprocher de mes petits-enfants.
Je rêve de travailler sur porcelaine, mais c’est extrêmement fragile. Je suis passionnée aussi par la céramique japonaise, et rêve de voyager.

Véronique est l’une des dernières potières à travailler la terre traditionnelle de Dieulefit. La couleur jaune miel est la plus reconnaissable, et les formes aussi, avec les assiettes carrées moulées. Le nom de son atelier, Diouloufet Céramique, vient du nom du village, en langue d’Oc. Les pièces exposées dans sa boutique sont ainsi un mélange d’un savoir-faire ancestral et de techniques intuitives, colorées, qui s’inspirent de la modernité. Pour elle, la céramique est un language universelle, qui mêle tradition, sensibilité et créativité. J’ai été touchée par sa gentillesse et sa passion.

Tu peux retrouver ses coordonnées ici :
Véronique Roux
17 rue du Bourg
26220 Dieulefit, Rhone-Alpes, France
https://www.diouloufet-ceramique.com/

Judith

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Crédits photos : Bennett Soundy

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